Analyses 38 min de lecture26 septembre 2026

Crise de la dette des États : pourquoi les taux s'envolent, pourquoi la Bourse tient, et où placer son épargne

Par Alexandre Vinal

Le 24 septembre 2026, la France a emprunté à 10 ans à 4,69 %, son taux le plus élevé depuis juin 2008. Emprunter à 10 ans, c'est promettre de rembourser dans dix ans en versant chaque année ce taux d'intérêt ; l'Allemagne, le même jour, empruntait à 3,60 % (ANSA, 24 sept. 2026).

L'écart entre les deux — le surcoût qu'un État paie pour emprunter par rapport à l'Allemagne, ce que les financiers appellent le spread — a franchi les 100 points de base pour la première fois depuis 2012 ; un point de base est un centième de point de pourcentage (100 points de base = 1 point). L'emprunt d'État français s'appelle l'OAT, l'allemand le Bund : d'où le « spread OAT-Bund » de la presse financière (Reuters via Yahoo Finance, 18 sept. 2026).

Le même jour, aux États-Unis, l'emprunt d'État à 30 ans rapportait 5,47 %, son plus haut niveau depuis 2004 (FRED, 24 sept. 2026).

Et pourtant, la Bourse ne panique pas. Le 25 septembre 2026, le S&P 500 terminait la séance 0,7 % seulement sous son record historique du mois d'août, et le Nasdaq avait inscrit un nouveau record de clôture trois jours plus tôt. Les entreprises publient des bénéfices parmi les meilleurs de la décennie. Plus étrange encore, certaines d'entre elles empruntent désormais moins cher que leur propre État (AP via WTOP, 25 sept. 2026).

Cet article décortique ce paradoxe point par point, en séparant à chaque étape le fait vérifié de l'interprétation.

L'essentiel

  • Les taux longs montent partout, tirés par le supplément que les investisseurs exigent pour prêter longtemps. L'emprunt d'État américain à 10 ans dépasse 5 %, inédit depuis 2007 ; l'emprunt japonais à 30 ans a touché un record absolu à 4,22 % et l'emprunt britannique à 30 ans 5,95 %, du jamais-vu depuis 1998. Ce supplément n'avait plus été aussi élevé depuis 2011 (FRED ; Yahoo Finance ; Global Banking & Finance, sept. 2026 ; FRED, 18 sept. 2026).
  • La France est devenue l'État qui emprunte le plus cher de la zone euro, devant l'Italie, la Grèce et l'Espagne. Sa dette atteint 117,5 % du PIB (3 536 milliards d'euros) et les seuls intérêts payés par l'État doivent passer de 58 milliards d'euros en 2026 à environ 100 milliards en 2030 (INSEE, 25 juin 2026 ; Sénat, nov. 2025).
  • Les actions tiennent grâce aux profits. Au deuxième trimestre 2026, 86 % des sociétés du S&P 500 ont fait mieux que prévu par les analystes — une proportion jamais vue depuis 2021 — et les bénéfices ont progressé de 50,4 % (32 % hors Alphabet et Amazon, aux gains exceptionnels) (FactSet, 7 août 2026).
  • Les grandes entreprises empruntent moins cher que leur État. Le 24 septembre 2026, L'Oréal, notée AA par S&P (l'agence de notation), a emprunté à 7 ans à 4,00 %, quand la France, notée A+ (deux crans plus bas), payait 4,69 % à 10 ans. Seuls 11 États dans le monde conservent la note maximale AAA chez S&P (l'agence de notation) ; les États-Unis n'en font plus partie (GlobeNewswire, 24 sept. 2026).
  • L'or est redevenu la première réserve des banques centrales du monde (27 % de leurs réserves fin 2025, devant les emprunts d'État américains à 22 %). Le bitcoin, lui, n'a pas encore prouvé qu'il protège contre ce type de crise : le 24 septembre 2026, il a baissé avec le Nasdaq (BCE, juin 2026 ; CoinDesk, 24 sept. 2026).

Au programme

  • La hausse des taux, pays par pays — États-Unis, Japon, Royaume-Uni, zone euro : un mouvement mondial, et ce qui le distingue des précédents.
  • Le cas français — Pourquoi la France paie plus cher que l'Italie, ce que disent les agences de notation, et pourquoi la BCE ne viendra pas au secours de la France.
  • Le vrai risque : les niveaux de dette — 40 000 milliards de dollars aux États-Unis, 365 000 milliards dans le monde, et la mécanique de la boule de neige.
  • Ce que l'histoire enseigne — 1981, 1987, 1994, 2003, 2011, 2022 : comment les actions et les obligations ont traversé les grands chocs de taux.
  • Pourquoi les actions ne baissent pas — Bénéfices record, rachats d'actions, IA… et les fragilités que ces chiffres cachent.
  • Pourquoi L'Oréal emprunte moins cher que la France — Comment l'ordre habituel du risque s'est renversé.
  • Quels placements regarder — Obligations (et lesquelles), devises, or, bitcoin : forces, limites et ce que disent les grands gestionnaires de fonds.
  • Les rendez-vous à surveiller — Budget français, notations, banques centrales : le calendrier des prochaines semaines.

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